Recevoir un diagnostic d’ITSS, ça peut être déstabilisant. Et c’est normal. Mais tu n’es pas seul·e : ces infections sont fréquentes et se traitent dans la plupart des cas.
Lorsqu’un résultat est positif pour une ITSS comme la chlamydia, la gonorrhée ou la syphilis, il est important d’en informer ses partenaires récents. Même si la discussion peut sembler inconfortable, il s’agit avant tout d’un geste de respect et de protection, autant pour toi que pour eux.
Dans cet article, on t’explique pourquoi, quand, comment et avec qui avoir cette conversation, avec des conseils simples et des ressources pour t’aider.
Pourquoi annoncer un résultat positif
Après avoir reçu un diagnostic de chlamydia, gonorrhée ou syphilis, l’idée de suivre ton traitement en silence et passer à autre chose peut être tentante. Le hic, c’est que tu n’es possiblement pas la seule personne concernée. Un·e ou plusieurs de tes partenaires pourraient aussi être infecté·es sans le savoir. Comme la majorité des ITSS sont asymptomatiques, on peut se sentir parfaitement bien tout en étant porteur·e d’une infection. Donner à quelqu’un l’occasion de se faire dépister et traiter à son tour, c’est :
- Limiter la transmission d’une ITSS Sans le savoir, une personne infectée peut transmettre l’infection à d’autres partenaires et ainsi perpétuer la chaîne de transmission.
- Réduire les risques de complications Certaines ITSS non traitées peuvent entraîner des complications à long terme, même en l’absence de symptômes.
- Limiter les risques de réinfection Si un·e partenaire est infecté·e et ne reçoit pas le traitement nécessaire, tu pourrais être réinfecté·e après avoir complété le tien.
Informer ses partenaires, ce n’est pas se pointer du doigt ni chercher un coupable. Les ITSS font partie de la vie sexuelle active, et elles peuvent toucher n’importe qui. En parler, c’est plutôt offrir à l’autre la possibilité de se faire dépister, de recevoir un traitement au besoin et d’éviter des complications.
Oui, la discussion peut être inconfortable. Vulnérable, même. Mais elle envoie un message puissant : je prends ma santé sexuelle au sérieux, et la tienne aussi.
Quand en parler : agir tôt pour prendre soin de toustes
De façon générale, le plus tôt possible après le diagnostic est le meilleur moment pour en parler. Plus rapidement les partenaires sont informés, plus vite ils peuvent se faire dépister et, au besoin, recevoir un traitement. Cela permet de limiter les complications et de réduire la transmission. Retarder la discussion, à l’inverse, augmente le risque que l’infection continue de circuler.


À qui en parler : les partenaires qu’il faut prévenir
En pratique, il est recommandé d’informer les partenaires sexuels actuels et récents, c’est-à-dire les personnes avec qui tu as eu des relations dans une certaine période précédant le diagnostic. La durée exacte varie selon l’ITSS et les recommandations de santé publique.
- Pour la chlamydia et la gonorrhée, on recommande généralement d’aviser les partenaires des 60 derniers jours.
- Pour la syphilis, la période à couvrir dépend du stade de l’infection.1 Le mieux est de valider avec un·e professionnel·le de la santé afin de savoir jusqu’à combien de temps remonter pour aviser ses partenaires.
Noter : si tu n’as pas eu de partenaires au cours de la période visée, il faut plutôt avertir son ou sa dernièr·e partenaire.2
Ton ou ta professionnel·le de la santé peut t’indiquer précisément jusqu’à quand remonter pour prévenir tes partenaires, selon l’ITSS diagnostiquée et ton historique personnel. C’est une bonne référence pour t’aider à savoir qui contacter et éviter les zones grises.
Comment dire à un·e partenaire qu’on a une ITSS
Annoncer à un·e partenaire qu’on a une ITSS n’est jamais une conversation facile. C’est normal de se sentir stressé·e ou maladroit·e à l’idée d’en parler. L’objectif n’est pas d’avoir les mots parfaits, mais de transmettre l’information de façon claire, respectueuse et bienveillante.
Trouver la bonne méthode de communication
Choisis la façon d’en parler qui te convient le mieux. Certaines personnes préfèrent une discussion en personne ou au téléphone, surtout s’il y a une relation de confiance. D’autres se sentent plus à l’aise par message, parce que ça permet d’être clair sans la pression d’une réaction immédiate.
Selon Mariane Gilbert, sexologue et coordonnatrice des contenus sexologiques chez Les 3 sex*, si on doute de la meilleure manière d’annoncer un diagnostic positif, on peut se poser ces deux questions : « qu’est-ce qui me met le plus à l’aise ? » et « dans le contexte de ma relation avec cette personne, qu’est-ce qui a le plus de sens ? »
Il existe aussi des outils anonymes, comme des services en ligne qui permettent d’aviser un·e partenaire par message ou courriel sans révéler ton identité. Dans certains cas, la santé publique peut également prévenir des partenaires à ta place, de façon confidentielle. Tu n’es pas obligé·e de tout faire seul·e.
- Notifier tes partenaires avec Portail VIH
Le Portail VIH peut t’aider à notifier anonymement tes partenaires par message texte. Il suffit de leur fournir le numéro de téléphone de la personne concernée, et la/les ITSS à annoncer. Ils ne conservent aucune donnée qui permet d’identifier toi ou les personnes notifiées. Les partenaires sont normalement notifiés dans les 24 à 48 heures.
- Utiliser une carte de notification
Disponible en format PDF, la carte de notification → est un outil conçu pour informer tes partenaires. Elle contient des informations essentielles, comme l’ITSS concernée, l’importance de se faire dépister même en l’absence de symptômes, ainsi que des renseignements sur la prévention, les modes de transmission, les symptômes, et le traitement. La carte ne contient aucune information personnelle permettant de t’identifier. Toutefois, c’est généralement à la personne diagnostiquée de la transmettre à ses partenaires.
- Santé publique locale / équipe de santé publique
Les services de santé publique régionaux peuvent parfois aider à la notification des partenaires. Certains peuvent contacter les partenaires sans révéler ton identité, pour les inciter à se faire dépister ou à consulter. C’est un accompagnement qui peut être disponible via Info-Santé 811 ou ton ou ta professionnel·le de santé.


Quoi dire à ses partenaires
Peu importe le moyen choisi, le ton fait toute la différence. L’idée n’est pas d’accuser ni de se justifier, mais de partager une information importante. Une approche simple et empathique aide souvent à désamorcer la tension. Par exemple, reconnaître que la conversation peut être inconfortable tout en affirmant que ton intention est de protéger la santé de chacun.
Si le stress est trop présent, prends le temps de souffler avant d’envoyer le message ou d’appeler. Écrire ce que tu veux dire à l’avance ou en parler avec un·e professionnel·le peut aussi aider à y voir plus clair.
Tu n’as pas besoin d’entrer dans les détails : aller à l’essentiel est souvent ce qui fonctionne le mieux.3
- le nom de l’infection;
- le fait qu’une personne peut être infectée même sans symptômes;
- l’importance de se faire dépister rapidement pour éviter la transmission et les complications.
Il peut aussi être rassurant d’avoir sous la main quelques informations utiles, comme où se faire dépister ou vers quelles ressources se tourner (chez Prelib, nous proposons des dépistages confidentiels et rapides, et nous avons des informations sur les différentes ITSS juste ici →). Ça montre que tu partages l’info dans une démarche de soin, pas de reproche.
Conseils pour mieux vivre la situation
Même quand on sait quoi dire et à qui en parler, passer à l’action peut rester confrontant. Notifier ses partenaires demande souvent un certain courage : on ne contrôle ni le moment, ni la réaction de l’autre, ni comment la conversation va se dérouler.
Prendre un moment pour te recentrer avant et après ces conversations peut faire une vraie différence. Se rappeler que les ITSS sont fréquentes, traitables dans la plupart des cas et font partie des réalités de la vie sexuelle aide souvent à replacer la situation dans son contexte.
Voici quelques repères pour t’aider à traverser cette étape avec plus de sérénité :
- Prends soin de ton estime sexuelle : recevoir un diagnostic ne remet pas en question ta capacité à avoir une sexualité saine et épanouie. Si tu viens tout juste d’apprendre ton résultat, tu peux consulter notre article Quoi faire lorsqu’on reçoit un diagnostic positif d’ITSS → pour savoir quoi faire étape par étape. « Si on souhaite obtenir du soutien moral, Il y a des plateformes comme Reddit où on peut connecter de manière anonyme avec des personnes qui vivent une situation similaire. Ça peut être une belle source de réconfort », souligne aussi Mariane.
- Prépare-toi à différentes réactions : certaines personnes seront reconnaissantes, d’autres surprises ou inquiètes. Prends le temps de rester calme et factuel, chacun réagit à son rythme.
- Pense à la suite : après le traitement, discuter de dépistage régulier et de pratiques sexuelles sécuritaires peut aider à renforcer la confiance et le sentiment de sécurité.
Au final, traverser cette situation fait aussi partie d’une démarche de santé proactive : s’informer, communiquer et prendre soin de soi et des autres sans jugement!




